Il est des noms qui font rêver et Syracuse est un de ceux-là. Un rêve d’une civilisation ancienne fondée au 8e av. J.C. à l’Histoire riche et mouvementée. Un souvenir des mes années d’étude en latin-grec. Une image romantique d’une ville sicilienne, d’une mer bleue et d’aventure, de douceur de vivre, de chaleur et d’une brise fraîche qui nous frôle.

Des étoiles dans les yeux, nous embarquons dans le train en direction de Syracuse. Un voyage riche en découvertes, en bonheurs, en observations. Un voyage fait de premières fois. Un voyage en suspension en passant par Rome et Naples et en découvrant l’Etna. En train chaque jour. Des discussions, des lectures, des situations qui nous font sortir de notre zone de confort.

Vers Syracuse en train

Gare de Syracuse, Sicile

A la gare de Syracuse

Nous aimons les trains, comme vous avez déjà pu le remarquer avec la déclaration d’amour au voyage en train écrite par Joël sur ce blog. Et donc, nous avons décidé, il y a deux ans, d’emprunter les trains pour aller vers ces noms qui nous font rêver : Varsovie, Syracuse, Athènes, Istanbul, Belfast, Zakopane, Sarajevo,… Car ce n’est pas tant le temps que nous passerons sur place qui compte, mais le trajet que nous éprouverons physiquement pour nous y rendre. Loin de l’instantanéité qu’offre l’avion, nous aimons suivre le temps que nous impose le voyage en train, nous aimons être dans le train, nous arrêter dans les gares, dormir sur des bancs la nuit ou faire du tourisme nocturne, prendre les trains dont les destinations nous inspirent et qui nous rapprochent de notre but, en faisant des tours et détours, des escales magiques et imprévues. Notre objectif est d’atteindre Syracuse et de voir le monde défiler à travers notre fenêtre, d’y rester une heure ou plus si le cœur nous en dit et de reprendre notre route. C’est pour cela que nous appelons ces voyages : errances ferroviaires.

Le projet des Errances ferroviaires

Ce projet d’errances ferroviaires est né dans la tête de Joël lors de notre escapade en train vers Varsovie, alors que nous pouvions enfin profiter de quatre jours en amoureux. Nous pensions rester à Varsovie le week-end. Sauf que ça ne s’est pas vraiment passé comme ça. Nous avons vécu une véritable errance ferroviaire. Ne voulant pas prendre les TGV (parce que nous ne les aimons pas), nous n’avons pris que des trains locaux. Un des trains ayant eu du retard, nous avons dû passer la nuit sur un banc dans une gare à Magdeburg pour attendre le premier train pour Berlin et, ensuite, reprendre un train pour Varsovie. Arrivés à Varsovie très tard, nous n’avons trouvé aucun hébergement à un prix raisonnable. Nous décidons de quitter Varsovie après avoir erré pendant 3 heures dans les rues de la ville. Nous retournons à la gare, ouvrons notre carte et choisissons d’aller au bout de cette ligne qui passe par Cracovie, à Zakopane. Tout un voyage inspiré par Saez et sa magnifique chanson, Varsovie. Nous n’y resterons que quelques heures et devons aussitôt repartir pour rentrer en passant par Prague et Nuremberg. Ce voyage nous a marqué. Il fut un déclencheur. Une aventure romantique totalement absurde et insensée. Un rêve, une parenthèse. Un voyage qui fait de nos souvenirs nos rêves.

Dans le train vers Zakopane

Dans le train vers Zakopane

L’idée du projet est de créer des vidéos, de faire des photos et d’écrire un livre autour de ces voyages en train vers des lieux qui sonnent aux oreilles des voyageurs et dont les départs se font depuis la gare du petit village en bas de chez nous. Vivre un voyage alternatif qui nous permet de voir les pays et les villes avec un œil tout à fait particulier et au travers de leurs gares et lignes de chemin de fer. Nous prenons des instantanés. Nous laissons nos âmes et nos sens percevoir le monde. Nous avons déjà réalisé quatre errances : Varsovie, Sarajevo, Belfast et Syracuse. Chaque errance fut différente et passionnante. Chaque errance est pour moi comme irréelle. Il nous en reste encore quatre à réaliser ici en Europe. Je ne les révèlerai pas. Je vous en réserve la surprise. (D’ailleurs, si vous voulez nous aider à réaliser ce projet, aller voter pour notre photo (de Partis pour) sur Facebook. A la clé, des pass InterRail, idéal pour réaliser une des nos errances vers le Nord).

Brig, une découverte Suisse

Brig

Brig

Avant d’arriver à Brig et de devoir y passer la nuit, nous ne connaissions pas du tout cette petite ville suisse située dans le Valais et proche de la frontière italienne. La ville était inscrite sur notre itinéraire pour rejoindre Milan d’où nous comptions prendre un train de nuit pour pouvoir passer une journée à Rome. Mais, comme souvent, tout ne se passe pas toujours comme prévu et nous avons dû changer nos plans. En effet, le train que nous devions prendre à Mannheim pour rejoindre Bern avait plus de 30 minutes de retard. Nous ratons donc notre correspondance pour Brig, puis celle pour Milan, et de ce fait, notre train de nuit pour Rome. Cette mésaventure s’est transformée en une bonne soirée, avec une nuit dans un hôtel confortable à Brig aux frais de la Deutsche Banh, petit-déjeuner compris. Mais qu’allions-nous bien faire à Brig ? Allions-nous seulement encore trouver un endroit où manger à une heure si tardive ? N’était-ce pas un village mort comme nous avions pu en trouver en Allemagne où le mieux était de dormir sur les bancs de la gare, les policiers comprenant qu’il nous était impossible à cette heure de trouver un endroit où dormir.

Brig est une belle surprise. Le soir, nous découvrons une petite ville vivante avec beaucoup de bars et de jeunes dans les rues et sur la place centrale. Ville propre et agréable, calme et dynamique. J’ai beaucoup aimé notre soirée imprévue. J’ai aimé, le lendemain, voir le centre de la ville à la lumière du jour et le ballet des trains, avec vue panoramique, devant la gare qui embarquent randonneurs, skieurs, vététistes et parapentistes pour les stations d’Andermatt et de Zermatt. Si nous avions eu un peu plus de temps, nous aurions embarqué dans un de ces trains.

Train vers Zermatt au départ de Brig

Train vers Zermatt au départ de Brig

La Suisse nous a beaucoup impressionnés. Les paysages sont magnifiques, imposants, sublimes. On n’arrive pas à en décoller le regard. Ces montagnes, ces trains qui les traversent, ces trains qui les gravissent. Ah, c’est sûr, la Suisse est un pays dans lequel il nous faudra revenir.

Rome, pour la première fois

Rome, Ponte Sisto

Rome, Ponte Sisto

Rome ! La ville que je rêvais de découvrir avec mon amoureux. Rome, nous y sommes. Mettre enfin les pieds dans cette ville dont j’ai étudié l’histoire, traduit les textes fondateurs. Une ville riche de plus de 2500 ans d’histoire. Une ville qui a dominé le monde tant politiquement qu’artistiquement. Un musée à ciel ouvert, un musée vivant, intégré au quotidien des gens. Nous n’y passons qu’une nuit. C’est peu pour découvrir une ville à l’Histoire si riche. On pourrait y rester des mois. Détails d'une façade dans le quartier du TrastevereSans réservation, sans guide, nous décidons de nous poser dans le quartier du Trastevere. Un quartier qui, malgré le nombre de touristes, garde un certain charme, une certaine authenticité. Il fait bon y flâner dans les ruelles et regarder les artistes de rue. Ou encore se promener le long du Tevere animé et jouer plusieurs parties de Baby Foot. Je me suis imprégnée de l’ambiance de ce quartier animé en savourant chaque seconde.

Le charme de Naples

Naples

Naples

Naples, Naples la romanesque, Naples la photogénique, s’est offerte à nous pendant trois heures. Trois heures à marcher, sacs au dos et appareil photo dans les mains, sous le soleil. Je m’attendais à une ville totalement chaotique. Mais en août, beaucoup de napolitains quittent la ville pour rejoindre leur famille dans les campagnes. Il y a donc moins de circulation, moins de monde et de nombreux commerces sont fermés. Je me sens bien dans cette ville aux airs méditerranéens et orientaux. Ici, rien n’est ordonné et propre, les maisons et monuments sont délabrés, les déchets jonchent le sol et les jardins. Il y a une sorte de laisser-aller dans un décor de cinéma. L’architecture est magnifique. La grandeur du passé est présente à chaque coin de rue et contraste avec la décadence du présent. Vous connaissez certainement les problèmes liés à la mafia… Problèmes qui ne semblent pas encore résolus.

Dans les rues de Naples

Dans les rues de Naples

Un train sur la mer

Sur le ferry entre Villa San Giovanni et Messina

Sur le ferry entre Villa San Giovanni et Messina

Madone de la Lettre, Messine

Madone de la Lettre, Messine

Depuis que nous envisagions de réaliser cette errance ferroviaire, je me demandais comment nous passerions le détroit de Messine. Si nous restions sur le train ou si nous prenions un ferry. En réalité, pour passer de Villa San Giovanni en Italie à Messina en Sicile, le train prend le ferry. La manœuvre prend du temps et est passionnante lorsqu’on y assiste pour la première fois. Nous étions comme des enfants à essayer de voir ce qui se passait par les fenêtres du train, à prendre des photos du train dans le bateau de tous côtés, à manger notre première arrancine en regardant s’éloigner Villa San Giovanni et s’approcher Messine et la statue de la Madone à la Lettre sacrée avec l’inscription latine inscrite sur son socle «  Vos et ipsam civitatem benedicimus » (Nous vous bénissons vous et la ville elle-même) qui aurait été adressée à Saint Paul en 42 ap. J.C. par la Vierge Marie. Sur le pont, l’air est doux et le soleil commence à se coucher. Le temps est comme suspendu.

La mythique Syracuse

Sanctuaire de la Vierge aux Larmes, Syracuse

Vue sur le Sanctuaire de la Vierge aux Larmes, Syracuse

Pas de visites archéologiques au programme. Pas de plages non plus. Après un petit-déjeuner de granita aux amandes et de brioche à la fleur d’oranger sous un laurier multi-centenaire, nous décidons de découvrir le centre historique de Syracuse, l’île d’Ortigia, où se côtoient vestiges du temple d’Apollon, demeures baroques et magasins modernes.

Piazza Duomo, Siracusa

Piazza Duomo, Syracuse

Bien que magnifiquement préservée et classée au patrimoine mondial de l’Unesco, Ortigia n’est pas une ville-musée. Les vieilles maisons d’Ortigia sont encore habitées. Dans les ruelles, on croise des vieilles dames sur le pas de leur porte, des ouvriers qui restaurent des maisons et des chats qui se prélassent. Le bout de l’île offre une belle vue sur le Syracuse moderne et son impressionnant Sanctuaire de la Vierge aux Larmes. Le petit marché met nos sens en éveil. La piazza Duomo nous émerveille et un détail étonnant nous fait sourire. Nous marchons la tête en l’air, l’œil aux aguets.

Noto, capitale du baroque

Gare de Noto, Sicile

Gare de Noto

Souhaitant profiter pleinement de nos pass InterRail et aimant prendre les trains locaux pour découvrir une région, nous embarquons pour un aller-retour Siracusa-Pozzallo avec escale à Noto, considérée comme la capitale du baroque et également classée au patrimoine mondial. La gare est située en bas du centre historique, on est en début d’après-midi, le soleil darde et les rues sont désertes. Arrivés aux portes de la vieille ville, nous constatons que nous ne sommes pas seuls à visiter cette ville. Les nombreux touristes, en excursion, arpentent la rue principale et visitent les magnifiques églises de Noto. Leur présence attire les vendeurs ambulants des jouets Made in China de mauvaise qualité qui iront grossir les tas de déchets en plastique.

Noto, Sicile

Noto, Sicile

Les nombreuses églises sont magnifiquement bien conservées et restaurées pour la plupart. L’art liturgique ancien se mêle au moderne. Un exemple moderne des scènes de la vie du Christ, où le Christ a la morphologie d’un homme d’aujourd’hui et l’apparence d’un hipster, se trouve dans la cathédrale de Noto, la Chiesa Madre di San Nicolo. Ces peintures sont l’œuvre d’un artiste contemporain. Les tableaux sont plus sombres, les traits plus actuels, la souffrance différemment exprimée. C’est étrange car inhabituel. Mais intéressant et rafraîchissant. Je n’ai pas trouvé le nom de l’artiste. Si vous le connaissez ou avez plus d’informations, n’hésitez pas à me les communiquer. En quittant Noto par les petites rues pour rejoindre la gare, nous sentons le poids de ces églises sur la ville. Elles l’écrasent de leur faste et de leur richesse, rappellent la misérable condition de l’existence humaine, symboles de la toute-puissance divine.

L’Etna

Vue sur l'Etna

Vue sur l’Etna

Qui n’a jamais rêvé de voir un volcan ? Et qui irait en Sicile sans aller voir un volcan encore actif ? Pas nous. Nous avons profité de notre errance pour faire le tour du volcan en train avec le Ferrovia Circumetnea. Une ligne d’un autre temps qui permet de voir le volcan et ses environs sous tous ses angles. Joël vous prépare un article sur ce trajet magique avec escale à Randazzo.

Tourisme nocturne à Pise

Pise la nuit

Pise la nuit

Il est temps pour nous de remonter et de rentrer à la maison. Stoppés à Pise pendant quatre heures en pleine nuit, nous en profitons pour visiter cette ville et sa célèbre tour, seuls touristes dans les rues de la ville endormie. Il est permis d’accéder au site jusqu’à 2h du matin. Nous prenons des photos de nuit, nous nous émerveillons devant la tour penchée et l’architecture de la ville. J’ai aimé visité Pise la nuit, loin de l’agitation touristique et commerciale.

Toutefois, une chose m’a marquée (tout comme à Rome) : le nombre de sans-abris. Pas seulement des hommes ou des immigrés, mais aussi beaucoup de femmes (jeunes et vieilles) qui dorment sur les bancs de la gare et sur les trottoirs. Lorsque j’y avais passé la nuit en 2011, j’avais déjà remarqué pas mal de sans-abris. En 2014, j’ai trouvé qu’ils étaient beaucoup plus nombreux. Preuve que le monde tourne mal.

Les Cinque Terre de nuit

Petit port de Vernazza, Cinque Terre, Italie

Petit port de Vernazza

Je tenais absolument à passer la matinée sur la plage d’un village des Cinque Terre. Premier arrêt : Vernazza. La gare sombre n’annonce pas la beauté du village qu’elle dessert. Le village dort encore, les petites ruelles sillonnent entre les jolies maisons colorées, quelques chats nous tiennent compagnie, et la mer occupe tout l’espace sonore. Il fait frais et le vent est trop fort pour pouvoir se reposer sur un muret du petit port. Nous décidons de reprendre le train vers Monterosso, le village le plus grand et le plus touristique des Cinque Terre. Nous pensions pouvoir nous reposer sur sa plage et y prendre un petit-déjeuner. Non, le village dort encore et les plages privées sont fermées. Nous nous reposons une petite heure sur un banc, partons ensuite faire le tour du village qui se réveille tout doucement et finalement retournons à la gare.

J’ai aimé visiter ces deux villages la nuit et voir le soleil se lever. Je vais toujours me coucher beaucoup trop tard alors que j’aime l’ambiance du matin. J’aime quand petit à petit la vie reprend en même temps que monte le soleil. J’aime ces instants un peu magiques entre deux mondes.

Carnet pratique

Train

Pour cette errance ferroviaire, nous avons utilisé des Global pass InterRail de 10 jours de train sur 22. Nous avions effectué quelques réservations, mais ce n’est pas vraiment utile.

Où manger ?

Quelques bonnes adresses dénichées à Rome, Naples, Syracuse et Catania

Ai Spaghettari

Piazza di San Cosimato, dans le quartier du Trastevere

Excellent petit restaurant romain rempli d’habitués.

Pizzeria Vincenzo Costa

Via Capuana, 1 – Napoli

Excellente pizzeria qui ne paie pas de mine conseillée par des habitués

Gelati Bianca

Corso Umberto – Siracusa

Prendre son petit-déjeuner à l’ombre d’un laurier multi-centenaire en mangeant une granita à l’amande ou au citron accompagnée d’une brioche. Un délice !

Trattoria Il Cenacolo

Via Del Consiglio Regionale, 9/10 – Siracusa

Une bonne adresse de la ville où manger de délicieuses Pasta alle Vongole.

Gelateria Iceberg

Via Palazzotto, 7/9 – Catania

Cette Gelateria nous a été conseillée par le chef de gare de Catania Borgo. La gare d’où démarre le train qui fait le tour de l’Etna. Il nous a conseillé d’aller y manger une granita aux fruits des bois, la spécialité de la maison. Excellent endroit que je vous conseille vivement et les vendeurs sont très sympathiques.

Où dormir ?

Lol hostel

Via F. Crispi, 94 – Siracusa

Une chouette auberge proche de la gare et pas très loin du centre. Un très bon rapport qualité/prix et un personnel sympathique.

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