Dans 2,5 ans, Sacha sera en âge d’obligation scolaire. Ce n’est pas tout à fait vrai puisque l’école n’est pas obligatoire. Ce qui l’est c’est l’instruction. Cela suppose donc que le parent puisse choisir entre mettre son enfant dans un établissement scolaire qui assumera ce devoir d’instruction ou assurer lui-même l’instruction de son enfant. Vu nos choix de vie et les projets qui nous attendent, il semble évident que nous faisons le choix d’instruire Sacha par nous-même. Et si nous devions par hasard nous sédentariser, je ferais ce même choix. Dès avant sa naissance, je me suis posé beaucoup de questions sur la manière dont je voulais l’éduquer, l’instruire, lui faire découvrir la vie et le monde. Je lis beaucoup à ce sujet, je suis des groupes qui partagent mes questionnements, des mamans qui pratiquent l’éducation bienveillante et/ou l’instruction en famille. Je me documente et m’interroge. Je ne suis pas une experte. Juste une maman curieuse qui désire partager ses réflexions sur l’école, le « homeschooling », le « unschooling » et sur la manière d’associer l’instruction au voyage pour ouvrir des pistes, trouver des réponses et rencontrer d’autres parents.

Ecole du voyage

Frontière entre la Thaïlande et le Cambodge

Le désamour de l’école

Je suis restée 23 ans sur les bancs de l’école et j’ai même passé l’agrégation pour devenir professeur de français. Et pourtant, je l’affirme maintenant sans gêne, je n’aime pas l’école. Petite, j’attendais toujours avec impatience la rentrée scolaire parce qu’elle était synonyme de nouveaux apprentissages, de découvertes et d’explorations. Je déchantais bien vite, m’appliquais à être une bonne élève et m’ennuyais. Au bout d’une semaine déjà, j’avais l’impression de ne plus rien apprendre, de tourner en rond et d’attendre. Ah, il y avait les exposés (de temps en temps) ! Et le cours de morale. Finalement, c’est à la maison que j’apprenais le plus. Quand je jouais à la maîtresse et prolongeais mes découvertes, aidée en cela par mon grand-père qui semblait apprécier et encourageait ma soif d’apprendre. Je suis entrée ensuite au lycée. Et là, passée l’euphorie des nouvelles matières, j’ai vite déchanté également. Pas d’ouverture d’esprit, pas de développement du sens critique ni de l’autonomie. Pas d’enthousiasme. Un formatage pour suivre la voie traditionnelle, pour devenir de bons moutons bien instruits. Je me souviens qu’on me disait que je ne comprenais pas la littérature, que j’étais très mauvaise en dissertation et en analyse de texte et que je ferais mieux de faire des études de droit parce que j’avais une bonne mémoire. Du coup, j’ai fait des études de lettres. Il est vrai cependant que je ne comprenais pas toujours ce que l’on attendait de moi ni le sens des apprentissages jusqu’au jour où j’ai compris qu’il ne fallait pas se poser de questions. Du jour où j’ai commencé à appliquer bêtement ce principe, c’était devenu plus facile. Ce n’est pas pour autant que j’avais de meilleures notes lorsqu’il fallait que j’émette mon opinion ou que je fasse une analyse. C’est fou ! Qu’est-ce qui clochait chez moi ? J’étais pourtant une bonne élève avec une bonne moyenne. Pour pouvoir être tranquille surtout (et par orgueil je l’avoue). Ce n’est que plus tard, après l’université, où les études étaient beaucoup plus stimulantes et permettaient de se forger un esprit critique, que je suis revenue sur mes années scolaires et que je me suis dit que je ne mettrais pas mes enfants dans ce système-là. Un système sans exaltation, sans stimulation, sans ouverture, sans aventure, sans exploration, sans découverte, sans curiosité. Un système qui formate et n’écoute pas les besoins de chacun. Un système qui permet de mieux contrôler les adultes en devenir. Un système qui rend l’enfant passif, un système violent qui peut briser. Un système qui ne favorise pas le vivre ensemble mais le chacun pour soi. Un système qui nous apprend des choses inutiles que l’on ne peut pas remettre en question, des choses qui n’ont pas de sens ou qui ne sont pas contextualisées, qui ne nous apprend pas l’essentiel et qui ne nous ouvre pas le champ des possibles. Alors, heureusement, il existe des écoles alternatives, des professeurs différents, engagés et enthousiasmants, des pédagogies plus épanouissantes. Heureusement ! Un de mes projets de cette année 2015 est d’aller justement à la rencontre de quelques écoles alternatives qui favorisent la créativité, l’autonomie et l’esprit critique des enfants et les mettent au centre de leurs apprentissages. J’ai envie de voir comment elles fonctionnent concrètement, comment les élèves sont intégrés dans le projet pédagogique, comment ils évoluent et perçoivent le monde, quelle est leur confiance en eux. Je parlerai bien sûr de ces belles initiatives sur ce blog. Parce que, quand je dis que je n’aime pas l’école, je parle de l’école traditionnelle, impersonnelle, élitiste. Celle dont je suis issue, qui a fait qui je suis et qui m’en a dégoûté au point de ne plus vouloir mettre mon fils dans une école. Ce projet est donc une manière de me réconcilier avec le système scolaire.

Oui mais Sacha va à l’école, non ?

Oui, Sacha va à l’école. C’est un compromis que j’ai accepté d’une part pour des raisons techniques évidentes et d’autre part parce qu’il me le demandait avec insistance. Alors, j’ai cherché une école. Celle que j’avais trouvée initialement, suivant la pédagogie Steiner, était à 1h30 de chez nous. Absurde ! Alors, j’ai cherché une école plus près de chez nous. Dans notre village, il y a une grande école de bonne réputation et fort prisée. A 5 minutes à pieds seulement. Elle ne me convenait pas. Trop grande. Trop d’enfants. Trop traditionnelle. Finalement, Sacha va dans une toute petite école de village, à 8km, une trentaine d’enfants de toutes nationalités (Inde, Maroc, Russie, Croatie, Slovénie, Palestine, Belgique…), 3 classes en tout et une classe maternelle qui fonctionne par ateliers. J’ai accepté aussi parce que ce sont les maternelles. Et qu’en maternelle, dans une classe où les âges sont mélangés, les apprentissages sont moins formatés. Sacha est libre. Ce n’est certes pas l’école idéale mais elle convient à tout le monde. Toutefois, à partir du mois de février, Sacha ira beaucoup moins à l’école et sera davantage avec moi sur la route. Nous opérons progressivement la transition vers l’instruction en famille.

La question de la sociabilité

Faire de nouvelles rencontres en voyage

Binh et Grégoire à Hanoï

C’est une question que mon entourage me pose régulièrement quand j’évoque mes réticences à poursuivre la scolarité de Sacha. A les entendre, l’école serait LE lieu de la socialisation. Oui, j’ai appris à vivre en groupe et à respecter chacun. Est-ce parce que je suis allée à l’école ? Ceux qui n’y sont pas allés ne savent donc pas se comporter en société ou avoir des amis ? Je ne pense pas. La socialisation se fait au contact du monde. En rencontrant d’autres enfants à l’école, mais aussi en faisant du sport, en allant à la bibliothèque, en allant au musée, en voyageant, en prenant le train, en allant voir les amis, en achetant du pain, en allant à l’épicerie du coin, … Apprendre à vivre ensemble, c’est tous les jours. Chaque rencontre extérieure, au sein de la famille. La socialisation ce n’est pas juste fréquenter une classe d’enfants de son âge. Un peu réducteur comme vision, non ? De plus, l’école n’est pas garante de réussite en ce domaine : combien d’enfants sont malheureux à l’école ? « C’est comme ça la vie ! » dites-vous ? Est-ce une fatalité ? Non, l’école ne convient pas à tous les enfants. Certains en souffrent. Il suffit de voir la violence qu’il peut y avoir dans les cours de récréation. Ainsi que de la part des personnes qui s’occupent de nos enfants. L’école peut être violente. D’autres enfants n’arrivent pas à trouver leur place dans ces groupes et restent solitaires ou exclus. Ils ne savent pas comment aller vers l’autre, ils sont timides ou différents. Et personne ne les aide. Ils restent dans leur coin. Alors, qu’on ne vienne pas me dire que l’école est indispensable pour devenir un être sociable. Que l’école c’est l’école de la vie et qu’elle prépare à la jungle que sera leur vie d’adulte. Je ne veux pas accepter cette façon de voir. La société peut être différente. Notre but en tant que parent n’est pas d’endurcir nos enfants pour qu’ils puissent affronter le monde. Notre mission est de leur donner les outils pour aborder le monde avec bienveillance et faire face à la violence. Parce que, oui, la vie est aussi violence et souffrance, injustice et inégalités. Oui, le monde n’est pas toujours beau à voir. Est-ce en les habituant et en les endurcissant qu’ils pourront mieux y faire face ou en leur donnant confiance en eux et foi en l’humanité ? Je pose la question.

Les alternatives à l’école

 Quelles sont alors les alternatives à l’école ? On connaît celles utilisées par les parents qui voyagent avec leurs enfants en tour du monde : suivre les cours par correspondance. Il est possible aussi de suivre le programme en préparant soi-même les cours et les activités avec ses enfants. Et puis, il y a l’option de la non-scolarisation (unschooling). Pour chacune de ces alternatives, je vais évoquer les avantages et les inconvénients. Par cet article, je tente de résumer mes recherches et d’affiner ma réflexion autour de la question.

L’instruction en famille

Avant de pousser mes recherches dans ce domaine, je savais qu’il était possible de faire l’école à la maison en suivant des cours à distance : l’EAD en Belgique, le CNED ou Ker Lann en France. Et puis, j’ai découvert qu’il était possible aussi de suivre sa propre pédagogie et de préparer soi-même les cours pour son enfant.

Enseignement à distance

Il semble que l’enseignement à distance soit la solution choisie par les parents qui partent pour un tour du monde ou un voyage au long cours avec leurs enfants. Il est vrai que cette solution est assez simple et demande peu de logistique et de préparation. Il suffit (même si je sais que ce n’est pas toujours évident dans certaines contrées) de faire le suivi des cours par la poste et maintenant par Internet et d’organiser son voyage en fonction de cette donnée. Les parents utilisent les cours fournis par cette école, enfants et parents prennent du temps dans la journée pour étudier les leçons, les enfants font les devoirs qu’ils renvoient au professeur qui les corrigera ensuite. Ces programmes à distance correspondent parfaitement au programme officiel. Ainsi, après un an ou deux sur les routes, l’enfant peut retourner sans problème sur les bancs de l’école. Solution donc simple mais contraignante. L’enseignement à distance c’est comme à l’école mais à la maison. L’enfant peut dès lors avancer à son rythme et obtenir une aide personnalisée. Cette solution est aussi beaucoup plus sécurisante pour certains parents dont les enfants souffrent de phobie scolaire ou ne peuvent pas, pour des raisons de santé, aller à l’école. Ces parents ne sont pas spécialement préparés à assumer l’instruction de leur enfant et ils y trouvent une aide certaine pour que leurs enfants ne subissent pas de retard scolaire.

En Belgique, ces cours ne sont pas très chers (et même gratuits) en comparaison avec la France. Je ne connais pas la qualité par contre. Ils doivent sûrement être bien faits et adaptés. Mais, à partir du moment où on fait le choix volontaire de l’instruction à domicile, cela ne me semble pas opportun et un peu limité.

Collages IEF

Faire son premier carnet de voyage à Marseille

Enseignement libre

Instruire en famille c’est une démarche philosophique, un choix de vie, un engagement. Instruire son enfant à la maison, c’est vouloir lui offrir une autre vision du monde et une autre manière d’apprendre. Lorsqu’on choisit d’instruire son enfant à la maison, c’est parce qu’on a envie de respecter les besoins de nos enfants, d’être à leur écoute, de respecter nos propres valeurs. Est-ce prétentieux de croire que l’on sait mieux que le système scolaire ? Non, il n’y a aucune prétention. Qui mieux qu’un parent connaît son enfant ? Et oui, cette manière d’apprendre à la maison n’est pas donnée à tous. Tous les parents ne sont pas capables d’assurer l’instruction de leurs enfants. L’enseignement libre c’est choisir une pédagogie particulière, bien souvent Montessori, et fixer un programme d’apprentissage. Cela demande des connaissances dans la pédagogie choisie, cela demande du travail de préparation, d’avoir toujours l’esprit occupé à penser aux activités et exercices à faire dans le cadre de l’apprentissage. Je trouve cela passionnant. J’ai beaucoup d’admiration pour ces mamans qui font véritablement l’école à la maison. J’admire leur engagement total, leur investissement. Beaucoup de ces mamans tiennent un blog et partagent leurs ressources et leurs activités. J’apprécie particulièrement Petits Homeschoolers grâce à laquelle j’ai découvert Charlotte Mason, une pédagogie très intéressante et qui me parle, et qui propose de nombreux cahiers d’activité très bien faits autour de diverses thématiques. J’apprécie également le blog S’amuser ensemble qui est une mine d’informations pour trouver des idées d’activités et de lectures pour les enfants.

Ce que j’aime dans cette façon d’envisager l’instruction, c’est la créativité : créer un programme chaque semaine pour son enfant, laisser de la place à l’imprévu, créer les activités et les cours, avoir l’esprit toujours en veille et être à l’écoute des enfants. Et puis, sûrement est-ce mon côté prof qui ressort, j’aime penser aux activités, j’aime créer des séquences d’apprentissage. Je trouve aussi que c’est structurant pour l’enfant et les parents. Les activités sont créées en fonction des besoins et des intérêts de l’enfant tout en respectant les impératifs du programme. Les inconvénients, c’est que cela demande beaucoup de temps, beaucoup d’investissement personnel, de l’espace, une certaine routine et quelques moyens techniques (une imprimante, du matériel de bricolage, une bibliothèque et une ludothèque à proximité, …) Ce type d’instruction ne me semble donc pas tellement convenir à une vie nomade. On peut appliquer certains principes et introduire une routine dans la vie sur la route. On peut toujours appliquer les principes de la pédagogie Montessori ou Charlotte Mason avec ce qui est à notre disposition et dans notre quotidien. Oui, on peut faire des bricolages et des activités liées au voyage. Mais de manière peut-être moins poussée et structurée. En ce qui nous concerne, Sacha ne semble pas tellement réceptif à mes propositions. Par contre, Grégoire aime beaucoup faire des activités thématiques. Je pense aussi que c’est lié à son tempérament aussi. Il aime faire avec les autres.

Concernant les différentes pédagogies, je ne saurais pas vous dire laquelle est la bonne. Je ne pense pas qu’il y en ait une bonne d’ailleurs. Tout dépend de votre enfant et de vous aussi. Pour ma part, je puise un peu partout. Je prends ce qui me parle, ce qui plaira à Sacha, ce qui est nomade. J’aime Steiner, mais le côté manuel (et artistique) ne me correspond pas du tout. Je ne sais pas coudre ni bricoler ni tricoter. J’aime aussi les propositions de Louis Espinassous et son éducation buissonnière. Son livre, Pistes, est d’ailleurs un de mes livres de référence. J’aime aussi la méthode Montessori et les cahiers d’activité de Balthazar. Je découvre Charlotte Mason et la planète des Alphas. Je regarde un peu partout. J’apprends, je prends des notes, je me prépare au cas où. Je corrige mon approche, j’invente, je propose pour finalement, souvent, laisser dans les tiroirs. De toute façon, Sacha est encore trop jeune et il va à l’école.

IEF_Ecole_Nature

Apprendre dans la nature

La non-scolarisation

Les deux alternatives précédentes sont considérées comme étant de la scolarisation à domicile. La non-scolarisation (ou unschooling) c’est laisser l’enfant autonome dans ses apprentissages. On parle alors d’apprentissages autonomes et informels. L’enfant ne suit pas de programme et n’est pas orienté par l’adulte. Il se laisse porter par sa curiosité naturelle, sa soif d’apprendre et ses intérêts. Je ne pense pas que les enfants, ni même les êtres humains, soient fainéants par nature. Il suffit de voir l’évolution de notre espèce ! Cette démarche nécessite de faire confiance à l’enfant et de lâcher prise par rapport à nos croyances et à notre propre éducation. Cela n’empêche pas le parent de présenter des choses à son enfant, de l’emmener aux musées, de regarder des documentaires, de faire des balades contées en forêt ou autres activités d’éveil. Je suis convaincue que c’est la meilleure approche pour aider notre enfant à réussir sa vie : à être en paix, bien dans sa peau, à faire un métier qu’il aime et dont il est fier, à être l’acteur de sa vie, à savoir prendre des décisions et garder son esprit critique. Le parent joue un rôle essentiel. Mais il n’est plus ici le maître. Il est là pour l’accompagner dans ses découvertes, pour répondre à ses demandes et lui apporter les outils dont il a besoin pour mener à bien ses apprentissages. C’est ce que j’aimerais appliquer avec Sacha. J’aimerais qu’il puisse garder son potentiel intact le plus possible (même s’il a déjà été légèrement corrompu par l’école) et je suis curieuse de voir où cela va le mener. Le voyage est une école parfaite pour les apprentissages autonomes. En voyage, les sens sont toujours en éveil, tout attire l’attention et stimule la curiosité : de nouvelles langues, de nouvelles écritures, de nouvelles traditions, de nouveaux paysages, de nouveaux plats, des différences mais aussi des similitudes, des rencontres qui débouchent sur de nouvelles découvertes et de nouveaux apprentissages. Le voyage, comme on le sait, est une école en lui-même. L’enfant est mis dans ce bain, à lui d’aller là où le portent ses affinités. Je suis convaincue mais, je me pose encore des questions, surtout d’un point de vue légal. Comment expliquer à un inspecteur que l’on fait confiance à son enfant dans son apprentissage ? Comment expliquer qu’il ne sait pas encore lire parce qu’il n’en a pas encore ressenti le besoin et qu’on ne s’inquiète pas parce qu’on sait que cela viendra à un moment ou à un autre quand il en aura besoin ? Comment prouver que l’on est responsable, conscient et actif ? Comment justifier que le jeu est tout autant, si même pas plus instructif que de rester assis à une table à répéter des lettres, des mots ou des tables de multiplication qui ne sont pas mises en contexte ? Je ne sais pas encore y répondre et j’aimerais rencontrer des familles qui ont choisi ce mode de vie et qui doivent faire face à des contrôles de l’inspection.

Et si vous pensez que je ne suis pas raisonnable ou irresponsable ou idéaliste, je vous conseille d’aller voir le magnifique documentaire de Clara Bellar « Etre et devenir ». Alors qu’elle allait avoir son premier enfant, Clara s’est demandé comment ils allaient faire quand leur fils serait en âge de devoir aller à l’école. Vivant entre 3 pays, ils allaient devoir choisir un endroit. C’est alors qu’elle a ouvert la porte de l’instruction en famille et qu’elle a découvert les apprentissages libres. Elle est allée à la rencontre de personnes qui ont pratiqué ou pratiquent encore le unschooling. Elle a rencontré des enfants et des parents épanouis et en harmonie, des enfants souriants, brillants, confiants, intelligents, créatifs et dynamiques. Des enfants qui, bien que n’ayant pas été à l’école et n’ayant pas suivi un cursus traditionnel, ont fait des études universitaires ou sont devenus des musiciens ou des artistes de talent. Ce documentaire est plein d’optimisme, d’humanisme, d’ouverture, de foi. Je suis ressortie de la séance profondément émue et encore plus assurée de mes choix de vie et d’instruction. Ce documentaire met à mal nos idées reçues sur l’éducation et sur l’enfant. Il est bouleversant, positivement bouleversant. Il permet d’évoluer et de s’interroger sur ses pratiques éducatives. Je vous conseille aussi de lire le livre d’André Stern, …et je ne suis jamais allé à l’école. Cet homme aux talents multiples n’a jamais été à l’école et n’a pas été scolarisé par ses parents. Son parcours est encourageant et inspirant. Je vous conseille également de lire les livres de John Holt (publiés aux Editions de l’Instant présent) ou de parcourir le blog Apprendre à l’air libre.

Sacha semble plus réceptif à cette manière de faire. Il n’aime pas être dirigé et semble très bien savoir ce qui l’intéresse. Alors, au lieu de l’embêter avec mes propositions d’ateliers et d’activités, j’écoute ce qu’il me dit et j’essaye de satisfaire sa curiosité et de répondre à ses besoins. Il ne veut plus aller à l’escalade, il veut aller à la piscine : je lui cherche des cours de natation. Il aime la musique et est très intéressé par les instruments : nous écoutons de la musique classique et du jazz manouche, il a à sa disposition quelques instruments de musique, nous lisons des livres à ce sujet et j’essaye de trouver un professeur de musique qui accepte des enfants aussi jeunes (je n’ai pas encore trouvé). Il adore prendre des photos : il peut utiliser mon appareil photo et je lui laisse faire ses expériences. C’est l’occasion de lui apprendre la valeur des choses, de lui apprendre à regarder et à être attentif à son environnement, de développer son sens de l’observation et son oreille. Il aime nous faire des spectacles, il choisit ses chansons, il fait la mise en scène et il nous raconte des histoires. On l’encourage en lui posant des questions pour étoffer son histoire. Et c’est fascinant de découvrir de cette manière le vocabulaire qu’il maîtrise, sa réflexion, sa logique, son sens de l’intrigue déjà. Et pour garder cette spontanéité, cet imaginaire et cette fraîcheur, je n’ai pas envie d’intervenir ni de le cadrer. Pour moi, il me semble à présent évident que nous fonctionnerons de cette façon dans ses apprentissages même si j’aime préparer des leçons.

Musique IEF

Jouer de la guitare à Jajce en Bosnie-Herzégocine

Pour autant, est-ce que je ferme totalement la porte à l’école ?

S’il me demande pour aller à l’école, je ne pourrai pas l’en empêcher. Ses besoins doivent être entendus. Je ne ferme donc pas définitivement la porte à l’école. Je ne sais pas du tout où on en sera d’ici là. Peut-être aurons-nous une vie d’expatriés et pourra-t-il aller dans une école publique ? Ce sera alors l’occasion pour lui, et pour nous, d’apprendre une nouvelle langue et de nouvelles mœurs de l’intérieur. Peut-être serons-nous rentrés au pays et pourra-t-il aller dans une école alternative qui correspond à mes valeurs (je ne pourrai pas me fourvoyer totalement) ? Je ne sais pas. Je pense qu’il est important de rester ouvert et de trouver des solutions qui lui conviennent tant à lui qu’à nous. Une famille, c’est être à l’écoute des besoins, de la personnalité et des réalités de chacun. C’est savoir faire des compromis et tracer notre chemin ensemble avec respect et bienveillance, ouverture et tolérance, confiance et conviction.

Un long apprentissage

Je poursuis mon exploration, je renforce mes convictions, j’avance dans mes connaissances. La question de l’apprentissage est un de mes sujets de prédilection. Je lis beaucoup à ce propos, je tente de mettre en pratique et apprends chaque jour un peu plus : apprentissages autonomes, éducation bienveillante, communication non violente, éveil à la nature, gestion et expression des émotions, autonomie et écoute de l’instinct. Tout cela me semble si naturel et pourtant tellement éloigné de ma propre éducation. J’ai l’impression d’avoir été coupée trop longtemps de cette petite voix qui nous habite tous. Je la récupère petit à petit, aidée en cela par mon fils. Je ne veux pas qu’il la perde, ni qu’il perde sa confiance en lui. Je réapprends à avoir confiance en moi, à lâcher prise, à me déculpabiliser de ne pas toujours être parfaite ni parfaitement dans la bienveillance et l’écoute positive parce que j’ai mes humeurs, ma fatigue et mes soucis. Et puis, j’apprends petit à petit à m’ouvrir aux autres et à aller à leur rencontre. Mais le chemin est encore long. En même temps que Sacha, j’apprends à me déscolariser et à oser.

Je termine ce long article qui me tient à cœur. J’espère qu’il apportera des réponses à vos interrogations ou qu’il vous ouvrira des portes. En tout cas, l’essentiel est de s’écouter et de se respecter. Comme je le dis bien souvent, à chacun de faire ce qui est bon pour lui et ce en quoi il croit. Il n’est pas besoin de juger les choix et la vie des autres. Mais de les considérer. Tout est une question d’engagement, de liberté et de vécu.

Si certains d’entre vous pratiquent l’instruction en famille ou le unschooling, je serais ravie d’avoir votre avis ou de vous rencontrer pour échanger autour de votre quotidien et de ces questions. Et, s’il y a des familles nomades, quels choix avez-vous faits ?

Livres IEF Non ScolarisationJe vous propose également une petite bibliographie totalement non exhaustive pour aller plus loin dans la réflexion :

Une société sans école, Ivan Illich

Le concept du continuum. A la recherche du bonheur perdu, Jean Liedloff (Ce livre fut une véritable révélation pour moi !)

…et je ne suis jamais allé à l’école, André Stern

Les apprentissages autonomes, John Holt

Apprendre sans l’école, John Holt

Pour une éducation buissonnière, Louis Espinassous

Pistes. Pour découvrir la nature avec les enfants, Louis Espinassous

Comme des invitées de marque, Léandre Bergeron

La fin de l’éducation ? Commencements…,Jean-Pierre Lepri

La pédagogie Charlotte Mason 1 et 2, Laura Laffon

Jeux d’éveil pour votre enfant. Le savoir-faire Steiner-Waldorf pour les enfants de 2 à 4 ans, Christopher Clouder et Janni Nicol

 La liste pourrait être encore longue, je m’arrête là. C’est un bon début ! Et si vous êtes intéressé par un de ces ouvrages, sachez qu’en l’achetant via ces liens affiliés, vous nous permettrez de toucher une petite commission et ainsi de poursuivre notre aventure et d’assurer le maintien de ce blog.

 Un autre site intéressant (et belge) qui rassemble les initiatives qui offrent des alternatives à l’école et au sein de l’école : Les Alternatives au sein et hors de l’école.

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