Doit-on arrêter de voyager lorsque l’on devient parent ? Voyager avec un enfant est-il une bonne idée ? Est-ce possible ?

Revenons quelques années en arrière

Lorsque j’imaginais avoir un enfant avec mon amoureux, je nous voyais nomades et je me voyais élever notre enfant au contact du monde et hors du schéma traditionnel proposé qui ne me correspondait pas. Je me disais et me répétais que si j’avais un enfant, jamais je ne rentrerais dans le moule sédentaire ni ne participerais à cette grande mascarade qu’est pour moi notre mode de fonctionnement occidental.

Un thé sur la route au Maroc

Un thé au bord de la route au Maroc

Alors que nous venions de liquider tout de notre ancienne vie sédentaire et de partir sur les routes dans notre fourgon aménagé sans date de retour prévue, je suis tombée enceinte. Nous comptions passer l’hiver au Sud pour ensuite remonter vers le Nord le printemps venu. Nous avons donc traversé lentement la France, puis l’Espagne rapidement et nous nous sommes arrêtés en Algarve au Portugal avant de revenir en Belgique pour des raisons administratives, retraverser la France rapidement cette fois, parcourir le Nord de l’Espagne, longer la côte portugaise et passer les Fêtes de fin d’année en Algarve. Nous avons ensuite repris la route en direction de Smara, au Sahara occidental, en découvrant les multiples facettes du Maroc. Je vivais ce début de grossesse sur la route en connaissant les frustrations alimentaires de toute femme enceinte et la fatigue de ces premiers mois. Pourtant totalement heureuse et convaincue de vouloir donner naissance en chemin et de vivre avec notre enfant de cette manière. Mais la vie nous prépare parfois d’autres scénarios. En effet, après notre périple au Maroc, nous avons atterri en Espagne, à Marbella, où il a plu pendant deux semaines et où les choses ont commencé à mal tourner. Finalement, nous sommes revenus nous installer en Belgique dans un appartement. Adieu les rêves de vie sur la route. Bonjour la dure réalité. Ce retour me laissait un goût amer d’inachevé. Mais j’ai essayé, tant bien que mal, de m’adapter à cette nouvelle situation et d’y trouver surtout un intérêt.

Marché à Vérone, Italie

Vérone

Une nuit de juillet, notre fils, Sacha, est né. En Belgique. Et nous avons vécu ses premiers mois dans notre appartement. Les pieds me démangeaient, mon esprit vagabondait vers d’autres contrées loin de cette immobilité et de cette routine dévastatrice et d’autant plus pesante avec l’arrivée de cet enfant. C’est donc comme ça que l’on s’est retrouvé, Sacha et moi, à prendre le train en direction de l’Italie pendant 10 jours. Il allait avoir 2 mois. Cette escapade fut régénérante et revitalisante tant pour mon esprit que pour mon corps. Notre lien s’est renforcé. J’ai pris confiance en moi. Je me suis rendu compte que je ne me trompais pas lorsque je me disais que je voyagerais avec mon fils et que c’est de cette manière-là que je serais bien avec lui. Je ne me trompais pas. Rentrée, je ne songeai plus qu’à repartir. Ce n’est qu’un an plus tard seulement que je suis repartie avec Sacha, en train à nouveau, vers les Balkans en passant par la Suisse et l’Italie. Six semaines merveilleuses. Le sentiment profond d’être à ma place, dans ma vie, celle pour laquelle je suis faite.

Je voyage avec mon fils parce que je ne peux pas faire autrement

Je n’ai pas arrêté de voyager quand Sacha est né parce que je ne pouvais pas et ne peux toujours pas faire autrement. Le voyage n’est pas seulement un loisir ni même une passion. Le voyage est vital. C’est mon air, mon souffle, mon cœur. La seule chose qui ait du sens. Bouger, être en mouvement, être sur les routes pour me sentir vivre, vibrer, exister, respirer, penser. Je me sens légère. Je me sens artiste de ma vie. J’aime l’inconfort du voyage, l’inconnu au quotidien, les rencontres impromptues, les découvertes, les sensations nouvelles qu’il nous procure. J’aime faire face aux difficultés, résoudre des problèmes, avoir peur, me retrouver dans des nulle-part, des bouts du monde, des tourbillons, vivre des situations totalement incongrues et me demander ce que je fais là. Et j’ai envie de transmettre cette essence-même de mon être à Sacha.

Différents schémas de fonctionnement

Le rythme habituel sédentaire ne me convient pas et me déprime. Je trouve cela d’un ennui mortel et totalement dénué de vie et d’aventures. Lorsqu’on a un enfant, c’est souvent le modèle qu’on nous donne à suivre. On nous dit qu’un enfant a besoin de repères temporels et matériels stables. On nous dit que l’enfant se développe mieux si on respecte les horaires, le nombre de repas prescrit par jour, et toute une série d’autres règles que je trouve fort contraignantes. Oui mais non. Oui ce mode de fonctionnement peut être efficace, rassurant, structurant, épanouissant même. Mais je ne pense pas qu’il n’y ait que celui-là. Car si la mère de cet enfant n’y arrive pas, si elle est stressée par ce rythme, si elle déprime, si elle est désagréable avec l’enfant et bout intérieurement de rage en raison de cet enfermement et de cette nervosité, je ne pense pas que l’enfant grandira dans un environnement rassurant, apaisant et structurant. Je ne pense pas que l’enfant sera équilibré ni qu’il construira une relation aimante et faite de confiance avec sa mère. Alors, que faut-il faire ? Suivre le schéma proposé ou respecter qui on est ?

Dans le train vers Split, Croatie

Dans le train vers Split

En voyage, le parent devient le repère de l’enfant. La relation devient primordiale. La confiance se développe ainsi que l’autonomie. Malgré la fatigue et l’instabilité induites par le voyage, l’enfant se sent bien et en paix avec son(ses) parent(s). Je suis donc convaincue que ce qui importe pour le bon développement de nos enfants est que nous, les parents, nous soyons bien dans notre vie. Que nous soyons dans notre vérité car ainsi seulement nous pouvons être disponibles, patients, à l’écoute. Nous pouvons leur donner tout notre amour et les accompagner avec bienveillance. D’ailleurs, je sens la différence dans notre relation entre les moments que nous passons à la maison (surtout si ces périodes sont très longues) et les moments passés sur la route. Peu importe que chaque soir, il dorme dans un lit différent, que les repas ne soient pas pris à heures régulières ou qu’ils ne soient pas toujours équilibrés, ou encore que la sieste se fasse de manière aléatoire dans un sac de portage, car Sacha est en bonne santé, il est équilibré, joyeux, sociable et heureux.

Et l’école ?! Les enfants doivent aller à l’école !

On nous dit aussi que les enfants doivent aller à l’école pour apprendre et pour développer leur sociabilité. Et que s’ils n’y vont pas, ils deviendront de petits sauvages. Là encore, je ne suis pas d’accord. Je ne suis pas convaincue par l’école de nos contrées : institution certes salvatrice à la mission fort louable, mais qui aujourd’hui sert plutôt de garderie et d’usine à formater nos enfants pour qu’ils deviennent de bons citoyens con-sot-mateurs qui ne se posent pas les bonnes questions. Je sais bien que je généralise, et que chacun est libre de tracer sa route hors des chemins balisés tout en ayant suivi un cursus scolaire tout à fait normal. Mais je ne crois plus à l’école sensée apporter le savoir, le goût d’apprendre, la curiosité, l’éveil, la réflexion, le doute et le libre-arbitre. Lorsque j’étais à l’école, on se faisait une fierté d’être le dernier de classe et on se moquait de ceux qui avaient gardé le goût d’apprendre.

Visoko, Bosnie-Herégovine

Visoko

Je crois par contre en la curiosité naturelle de l’enfant qui le guide dans ses apprentissages, accompagné par l’adulte, le parent ou le maître, dans ses découvertes. Je suis pour la non-scolarisation et les apprentissages autonomes. Le rôle du parent est d’éveiller l’enfant au monde, de l’encourager dans ses initiatives et ses apprentissages. Chaque enfant a un potentiel, qui n’est pas spécialement celui promu par l’école, et une manière d’apprendre qui lui sont propres. De plus, les enfants ne sont pas faits pour rester assis dans une classe à écouter quelqu’un parler de manière abstraite du monde sans pouvoir l’expérimenter ni le vivre. Ils ont besoin de bouger, de sentir, d’expérimenter, de toucher, de vivre la vraie vie. Et c’est là que je rejoins le voyage, le voyage est une école de la vie. Il nous apprend la richesse du monde, les différentes cultures, la géographie, les langues, l’écriture, la tolérance. Lors de notre dernier voyage en Bosnie, Sacha a appris plus de choses en deux semaines qu’en deux mois à l’école. Il parle mieux et est plus autonome. Il sait ce qu’est une mosquée et que lorsque l’imam chante c’est l’appel à la prière. Il a randonné, il a joué avec des enfants qui ne parlaient pas sa langue, il a appris à faire des photos. Il a gagné en confiance aussi. Enfin, en ce qui concerne la sociabilité, l’école n’est pas le seul endroit où un enfant peut en rencontrer d’autres. Elle n’a pas la panacée de la socialisation. Sur la route, les rencontres sont multiples et variées. Le voyage permet de s’ouvrir et d’accepter la différence. Et c’est pour cette raison que je continuerai de voyager avec mon fils.

Et si Sacha ne voulait plus voyager ? Et s’il voulait aller à l’école ?

Bonnes questions. Même si ce n’est pas encore à l’ordre du jour, il faut réfléchir sérieusement à cette éventualité. Et, pour l’instant, je dirais que le plus important est que nous en discutions ouvertement et que nous trouvions ensemble une solution qui respecte les besoins de chacun, sans que l’un ou l’autre ne se sacrifie. Vivre ensemble demande de la souplesse, de l’écoute et du respect.

Voyager avec un enfant est une belle aventure

Voyager avec un enfant n’est pas plus difficile ou ennuyeux que de voyager seul(e) ou en couple. Bien sûr, on ne fera pas les mêmes choix et on ne vivra pas les mêmes aventures. On s’adapte aux besoins de chacun. On adapte les destinations, les modes de transport, les durées, les orientations. Et, surtout, il n’est pas besoin d’en faire des montagnes lorsqu’on voyage avec un enfant. Plus ils sont petits et plus c’est facile, même seul(e). La période la plus délicate se situe entre le moment où l’enfant commence à marcher et ses 5-6 ans.

Voyager avec un enfant est aussi une aventure qui peut se révéler très intense à certains moments (comme quand on arrive à Florence en pleine nuit, que nous n’avons trouvé nulle part où dormir et que nous nous retrouvons coincés à la gare, mais qu’au final on est pris en charge par un chef de train aux petits soins pour nous). Voyager avec un enfant nous ouvre les portes et facilite les rencontres, nous fait voir les choses autrement, prendre notre temps, découvrir le quotidien d’autres familles dans le monde et des endroits dans lesquels nous ne nous serions pas attardés sans eux. Autre avantage, voyager avec un enfant permet de travailler le soir puisqu’on ne peut pas sortir et donc de consacrer ses journées à la découverte du lieu.

Kampot, Cambodge

Trampoline à Kampot, Cambodge

Alors oui, j’aime voyager avec Sacha et voir le monde aussi à travers son regard d’enfant. Et j’aime le voir grandir en toute confiance et en paix à mes côtés.

Ne pas sacrifier ses rêves

Ne pas sacrifier ses rêves qu’ils soient d’évasion ou autres parce qu’on nous dit que lorsque l’enfant vient, on doit rentrer dans le rang et ne penser qu’à son bonheur. Ne pas sacrifier sa vie pour l’enfant. Il n’en tirera rien de positif. Vivre sa vie tout en lui faisant une place et en écoutant ses besoins. Être dans le vrai, dans le partage, dans l’écoute. N’est-ce pas là l’essentiel à donner à nos enfants ? Respectons-nous et alors nous pourrons entièrement les respecter. C’est ce que j’ai appris depuis que Sacha est né, il y a de ça bientôt trois ans.

Ils ont des enfants et poursuivent leurs aventures (Liste tout à fait non exhaustive. D’ailleurs, si vous avez d’autres blogs à me conseiller je suis preneuse.):

Astrid et Mélissa (Maman solo), Christine et ses enfants (Famille), Vanessa et Arnaud et leur petite Louanne (Famille), Les Six en route (Famille) ou encore Tiphanya et Nine (Famille).