Depuis deux semaines sur les routes du Danemark, je m’interroge sur ma capacité à écrire des articles pour le blog tout en voyageant et en ayant un enfant qui m’occupe toute la journée. Je m’interroge parce que je trouve l’exercice difficile et demandant une grande discipline personnelle. Les heures qui me restent pour lire, préparer la suite du voyage, tenir mon carnet ou écrire sont limitées. Et j’avoue que bien souvent je préfère lire un bon livre, écrire mon carnet de voyage ou encore parler avec mon amoureux plutôt que me concentrer pour rédiger un article pour le blog.

Voyager et travailler

Et pourtant, depuis la naissance de Sacha, je n’ai cessé de voyager en emportant mon travail dans mon sac. Lorsque j’étais employée, j’avais la chance de pouvoir travailler tout en étant à l’autre bout du monde. J’étais joignable en permanence et tout travail demandé était remis en temps et en heure. Que je sois à Bruxelles ou à Phnom Penh ! Je travaillais généralement le soir quand Sacha était au lit. Parfois, je m’arrêtais plus longtemps quelque part et travaillais pendant ses siestes ou pendant qu’il jouait. Je dépendais donc d’une connexion Wifi et prenais congé lorsque je n’avais pas la possibilité d’être disponible. C’était certes une pression et une imposition, mais elle m’offrait la liberté d’être où je voulais sans trop me tracasser de mes rentrées financières. J’ai décidé pourtant de quitter ce job parfait parce que je ne l’aimais pas et que mon sens des responsabilités m’empêchait de vivre pleinement ce que je faisais alors, c’est-à-dire voyager. De plus, j’ai envie d’autres choses. De me créer une activité professionnelle qui me ressemble et me passionne.

Koh Chang, Thaïlande

Mon bureau en Thaïlande sur Koh Chang

Bloguer et voyager : une source de stress

D’obligations professionnelles, je n’en ai plus. Je peux donc me consacrer entièrement au voyage et à mon fils sans me sentir coupable de ne pas être en train de travailler et sans avoir cette petite lumière rouge dans la tête me rappelant que je dois être disponible à tout instant. Je me sens plus légère de ce côté-là. Toutefois, en créant mon blog, je me suis à nouveau mis beaucoup de pression : le devoir de penser « blog » toute la journée, d’écrire régulièrement des articles et d’en publier même en voyage. Les premiers jours au Danemark, je me suis beaucoup culpabilisée du fait de ne pas écrire, de ne pas prendre assez de photo, de ne pas orienter nos découvertes en fonction de ce que je pourrais en raconter. Avec Sacha, je n’ai pas le temps d’écrire en journée, je n’ai pas l’occasion de prendre toutes les photos que je voudrais et je voyage davantage en fonction de ses intérêts et de ses besoins. En effet, avec un enfant, mon voyage n’est pas le même que si j’étais seule. Si nous visitons un musée par exemple, je découvre avec lui les lieux, je m’attarde sur ce qui attire son attention, nous faisons de petits jeux. Je n’ai pas le temps par contre de lire les explications, le nom des artistes ou les titres des œuvres. Si nous explorons une ville à pied, je ne peux pas m’arrêter pour prendre une photo à n’importe quel moment ni à n’importe quel endroit. Et si je prends une photo, je ne suis plus à même de m’assurer de sa sécurité (ou de la sécurité des œuvres exposées). Et puis, entre l’organisation pratique, les détails techniques, les besoins naturels et les conversations philosophiques d’un enfant de trois ans, je pense rarement à ce que je pourrais écrire sur le blog. Les premiers soirs, je m’endormais donc stressée et préoccupée en me disant que je n’avais pas travaillé pour le blog.

Grenen, Skagen, Danemark

Grenen, Danemark

Apprendre à relativiser et trouver son rythme

Et puis, quelques jours après, un peu forcée par le gros rhume de Sacha, je me suis arrêtée et j’ai pris le temps de me poser quelques questions. Tenir un blog est-il une obligation ? Non. Je tiens mon blog parce que j’ai envie d’écrire, de partager nos voyages, mes lectures et mes réflexions. Il n’est en rien une obligation. C’est un plaisir. Ma vie doit-elle être orientée en fonction de mon blog ? Non. Ce qui importe, c’est de vivre. Vivre des instants, des rencontres, des vides, des joies, des incidents, des hasards, des déceptions. De ces moments vécus, je pourrai puiser la matière pour alimenter mon blog. Et peut-être que je n’aurai pas les bonnes photos pour illustrer un article. Quelle importance ? Les images sont gravées en moi. Y a-t-il urgence à rédiger des articles ? Encore une fois, la réponse est non. Mon blog est un espace personnel qui suit mon actualité, mon rythme et mes envies. Il ne va pas disparaître si je ne publie rien pendant une semaine ni même un mois. En parlant de rythme justement, j’ai constaté qu’après plusieurs mois sans voyager avec Sacha (à l’exception de Marseille qui était un voyage assez statique), j’avais un peu perdu le rythme et mon sens de l’organisation. En voyage, il est bon d’établir une certaine routine qui facilite le quotidien et libère du temps pour se recentrer et se retrouver dans son voyage. Cette routine, ou ce rythme, permet alors d’être totalement à ce que l’on fait, de savourer chaque instant. Il m’aura fallu quelques jours pour m’y retrouver et enfin lâcher-prise par rapport à mon blog.

Voyage, enfant et blog

Pour concilier blog et voyage avec la présence d’un enfant, un bon sens de l’organisation est nécessaire afin de pouvoir se libérer du temps pour écrire. Il me semble donc indispensable de prévoir des moments sans visite et sans déplacement dans des endroits où chacun puisse trouver des occupations qui lui conviennent et de fixer des règles avec l’enfant. Bien que je prévienne Sacha avant de me mettre à travailler, je n’ai pas encore réussi à lui faire comprendre que, quand j’écris, je ne suis pas disponible pour regarder tout ce qu’il fait ou parler avec lui. Je persiste toutefois et explique inlassablement la même chose. Peut-être qu’un jour la règle sera comprise et intégrée. Voyager avec un enfant en tenant un blog implique donc de voyager plus lentement, de prendre son temps et de ne pas chercher à tout prix à tout voir. De toute façon, avec un enfant, c’est absurde et non productif d’être dans la course effrénée.

Odense, Danemark

Sacha au lit, petite séance d’écriture

Une question d’équilibre

Comme pour toute chose dans notre vie, il s’agit de trouver le juste équilibre. Entre le voyage, l’accompagnement de notre enfant dans ses découvertes, mon envie de lire ou d’écrire, le besoin de digérer les images et autres nouvelles informations emmagasinées tout au long de la journée. Après deux semaines, je sens avoir trouvé cet équilibre qui me laisse en paix avec ma conscience et me permet d’avancer et de rester émerveillée. J’ai pris du recul, j’ai relativisé, je me suis recentrée sur ce qui était important pour moi. Et j’ai réussi à écrire un article. L’important est d’écouter sa petite voix et de la suivre. Le reste suivra.

Et vous qui voyagez avec votre (vos) enfant(s) et travaillez ou tenez un blog, comment faites-vous ? Quelle est votre organisation ? Comment vivez-vous vos voyages ? Je suis curieuse et intéressée.