En ces temps de confinement #2

par | 4 Avr 2020 | Réflexions

Nous voilà confinés depuis plus de deux semaines maintenant. Nous voilà confrontés à ce virus depuis un peu plus longtemps. Nos vies sont différentes. À l’arrêt pour certains, remplies pour d’autres. Pleines de tristesse. Pleines d’espérances, de peurs, de joies. Certains se battent. Certains donnent de leur temps, de leur santé, de leur énergie. D’autres attendent. Certains attendent que tout recommence comme avant, que l’on revienne à la « normalité ». D’autres que le monde change, se renouvelle, se révolte. Certains prennent le temps, ont le temps, se reconnectent. D’autres n’ont pas le temps. Certains sont stressés et attendent la fin pour respirer enfin. D’autres respirent enfin. Certains passent leur temps sur les réseaux. D’autres cherchent à se déconnecter. Parfois, on est l’un. Parfois, l’autre.

Cette crise sanitaire, économique, sociétale, aura des conséquences. Mais lesquelles ? Peut-on espérer que l’humain prenne conscience de l’état dans lequel la Terre, sa biodiversité, ses liens, son climat, son économie était, est et sera si l’on ne change rien ? Comment peut-on espérer que tout redevienne comme avant ? Comment faire pour que justement tout ne redevienne pas comme avant ? Quelle société voulons-nous ? Nous avons la chance aujourd’hui de pouvoir y réfléchir mais, aussi, surtout de pouvoir la proposer, la construire ensemble. Des opportunités s’offrent à nous. Privilégier les producteurs locaux. Privilégier l’essentiel. Renouer les liens familiaux. Se rendre compte de l’importance de se connaître et de prendre soin les uns des autres. Prendre du recul sur son fonctionnement dans le quotidien. Se rendre compte que l’on n’a pas besoin de consommer pour être bien, que consommer ne protège pas, que consommer n’épanouit pas. Nous avons la possibilité aujourd’hui de demander une société plus juste, plus consciente, plus à l’écoute et plus responsable. Il est de notre devoir même de ne pas s’arrêter à ce virus, mais d’aller voir au-delà, d’aller voir les crises qui sont en cours depuis un certain temps mais dont on ne voit pas encore pleinement l’impact sur nos existences quotidiennes. Il faut agir. Refuser. Adopter un mode de vie plus simple, plus en adéquation avec les enjeux à venir. Un mode de vie proche de celui que nous impose cette Covid-19. Il ne s’agit pas de rester enfermé chez soi. Il s’agit de moins se déplacer, moins consommer, retrouver le temps, manger sainement, prendre soin de soi et des siens, replacer l’entraide au centre, favoriser l’humain plutôt que l’argent… Enfin, il s’agit de se reconnecter avec le vivant. Prendre conscience que nous en sommes une petite partie seulement. Se rendre compte que nous ne sommes pas tout-puissants, invincibles. Redevenir humble, sobre et généreux. Je m’égare…

Il y a une chose qui me tracasse depuis quelques jours : la mise en place du 5G. Je me demande comment on peut décemment mettre en place ce réseau qui, et cela a été démontré, a un effet si mortel sur les oiseaux et insectes en ces temps où la santé de la population, mais aussi du vivant dans sa globalité, doit être la priorité absolue. Pourquoi faut-il se lancer dans quelque chose de nouveau alors que les réseaux déjà en place sont suffisants ? Je ne suis pas une spécialiste de la question et d’autres en parlent bien mieux que moi. Si vous voulez en savoir plus, consultez le site du Collectif Stop 5G et agissez. Mais, voilà, ce genre de décisions, ces actes, me mettent en colère et, surtout, me font perdre foi en un monde meilleur et plus conscient. Alors, oui, on va boycotter. Comme nous boycottons déjà certaines marques. Comme nous avons décidé de ne plus soutenir ce qui nous met tant en colère. Mais, est-ce que cela sera suffisant ? Je m’égare encore sans discours construit. 

Revenons maintenant à mes petites interrogations intérieures sur ce que j’aimerais mettre en place quand nous pourrons reprendre notre vie en mains, quand nous aurons retrouvé une certaine liberté. Je me pose beaucoup de questions. J’ai parfois même l’impression d’être revenue dans une phase d’adolescente cherchant à répondre aux question du «  Qui suis-je » et de « Quel sens donner à ma vie dans un monde qui n’a d’autre sens que de se reproduire ? ». Et puis, aussi, cette sempiternelle question : « Comment enfin me sentir à ma place dans un monde où je sais que je n’ai pas de place ? ».  Ou encore : « Comment être enfin un minimum rentable ? » Je suis inconstante, rêveuse, contemplative, paradoxale. J’ai besoin de liberté, de temps, de mouvement. Je n’ai pas les pieds sur terre et n’ai aucune idée de comment y arriver. J’aime les livres, j’aime lire, lire à haute voix, écrire à propos des livres, raconter. J’aime marcher, randonner, écouter la nature, sentir son odeur, la toucher, la respirer, l’observer longuement. J’aime le silence. J’aime le calme. J’aime la solitude. J’aime les animaux. J’aime bouger. J’aime l’Ailleurs, l’Afrique de l’Ouest, la Scandinavie, la Grèce et l’Italie. J’aime cuisiner. C’est très bien tout ça. Mais, on fait quoi de ça ? Et là, je n’ai pas de réponse. Est-ce que je dois continuer comme avant que tout soit mis sur pause ? Est-ce que cela me correspondait ? Est-ce que j’étais bien ? Est-ce que j’étais en paix ? Et, en fait, non. Non. J’étais stressée. Je portais un masque. Je ne m’occupais plus de mon fils. Je ne dormais plus. Inquiète, stressée, coupable, frustrée. Alors, oui, heureusement, j’avais la chance de pouvoir faire ce que je voulais. Oui, j’étais chanceuse. Parce que j’ai toujours eu de la chance. Ou, peut-être, parce que je suis simplement reconnaissante. Mais voilà… Cela ne me correspondait pas… Et là, aujourd’hui, la question est de savoir ce qui me correspond. Quel modèle pourrait me correspondre ? Comment je pourrais fonctionner désormais ? Et je n’ai pas la réponse… Peut-être qu’avec le temps, peut-être qu’en poursuivant ce confinement, je trouverai la réponse. Je l’espère.

Et enfin, pour finir, malgré la futilité du voyage, malgré que le fait que le tourisme soit en grande partie responsable de l’état actuel de la planète, malgré le fait que pour l’instant on ne puisse plus bouger, j’ai décidé d’enfin partager nos voyages dont certains remontent à bientôt quatre ans. Partager des impressions, des souvenirs, des images, des moments de vie. Pour clôturer. Pour tirer un trait. Pour les faire revivre en moi et, encore une fois, prendre conscience que j’ai une belle vie. Pour passer à autre chose aussi. J’en ai besoin. Clôturer cette vie pour en créer une autre. Pour prendre un nouveau chemin. Vider mon esprit de ces souvenir en les couchant sur le papier. Et j’ai enfin le temps de le faire. Ce précieux temps derrière lequel je courrais depuis tellement longtemps. Cette course qui m’a éloignée de l’essentiel, de moi, de mon fils, de nous. Dans les jours à venir, je partagerai ces récits, ces photos. Cela semblera peut-être déplacé à certains. Je le comprends. D’autres y trouveront une manière de s’évader et de penser à autre chose. Je l’espère.

Je vous souhaite la paix, la santé, l’espoir, le temps… Prenez soin de vous et des autres !

Quel monde souhaiteriez-vous, vous, pour l’après ?  

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